Marie Sans Filtre 5# Je suis amoureuse

Musique : Fred Avril – Close to me (pour la sĂ©rie Plan CĹ“ur, sur Netflix)

Tu peux Ă©couter mon podcast Marie Sans Filtre Ă  cette adresse : anchor.fm/marie4lbert/

Ci-dessous, le texte de l’épisode 5 :

Bienvenue dans Marie Sans Filtre, mon podcast intime, féministe et politique. Tu écoutes l’épisode 5. J’y tiens beaucoup car j’en discute depuis des jours, des semaines, des mois, des années, avec mes meilleures amies qui se reconnaîtront. Je les embrasse fort, elles qui sont si courageuses d’écouter mes 40 minutes de messages vocaux Whatsapp quotidiens. Messages bien entendu consacrés à ma dernière aventure avec un mâle cisgenre et hétérosexuel qui me plaît ou me déçoit. Souvent les deux à fois.

Cet épisode s’appelle : Je suis amoureuse. Mais je peux aussi l’appeler : Comment dépendre de l’amour dans une société patriarcale. Ou bien : comment désapprendre à dépendre de l’amour dans une société patriarcale. A vrai dire, je ne suis pas présentement amoureuse. Je me définis davantage comme dépendante affective. Aujourd’hui, jeudi 16 janvier 2020, je suis dépendante affective d’un mec qui s’appelle, disons, A. Mais la semaine dernière, j’étais dépendante de B. Et le mois d’avant, j’étais dépendante de C. Je n’arrive pas à suivre moi-même, tellement les connards s’enchaînent. Mais sont-ils vraiment des connards ? Ne sont-ils pas simplement des mâles cisgenres et hérérosexuels ? Ils ne reproduisent que les comportements qu’ils ont appris. A savoir : traiter les meufs comme des objets. Et surtout, ne pas en faire le centre de leur existence. Ces mecs ont d’autres priorités que de m’envoyer un texto à 7 heures 32 le matin, au saut du lit. Bizarrement, j’agis à l’inverse. Ma vie est remplie de projets, défis, rendez-vous, voyages et rencontres avec des personnes extraordinaires. Mais hier, aujourd’hui et demain, je ferai toujours passer un mec inconnu qui me plaît un peu car son nez est mignon, avant tout le reste. Je répondrai à ces textos immédiatement. Je consulterai mon téléphone tous les 4 minutes pour voir s’il m’a répondu. Alors que je déteste passer du temps sur mon téléphone. J’annulerai tous mes rendez-vous pour passer une soirée avec lui et ne pas dormir de la nuit et ensuite avoir la tête dans les fesses les trois jours suivants car je ne parviens pas à rattraper mon retard de sommeil. Bref, ma vie peut tourner autour d’une personne que je ne connais pas et que je n’aime pas vraiment, pour la simple raison que j’en suis dépendante. Mais pourquoi ? Et comment sortir de cette dépendance affective ? Que je ne suis pas la seule à vivre, j’en ai la preuve autour de moi. Peut-être même que toi aussi, tu te reconnais dans ma description. Et bien surprise, nous pouvons en sortir ! Je te raconte mes récentes avancées dans cet épisode.

Pour commencer, je tiens à te donner un exemple de dépendance affective. Tout à fait classique. Je raconte des événements réels qui se sont déroulés à la fin de l’année 2018. Il y a plus d’un an, je suis tombée “amoureuse” d’un mec que j’appellerai Thomas dans cet épisode, car je fais attention à l’anonymat des connards. Je doute qu’il l’écoute un jour mais sait-on jamais. J’ai souffert pendant des mois de cette relation, qui a duré à peine quelques jours. J’ai souffert de ma dépendance affective, de son comportement à mon égard et de la honte et de la culpabilité que j’ai ressenties ensuite. J’ai beaucoup appris de cette expérience, c’est pourquoi je la prends en exemple. Avant de te raconter, je précise un notion très importante des relations amoureuses et sexuelles dans un cadre hétérosexuel. Mais elle s’applique aussi aux relations homosexuelles. Elle s’appelle le ghosting. J’écris un roman en ce moment, et je définis le ghosting comme suit : “Ghoster, « faire le fantôme » en anglais, consiste à ne plus donner de nouvelles à une personne pour s’en éloigner du jour au lendemain.” En pratique, ghoster signifie que la personne chérie ne m’envoie plus de messages, ne répond plus à mes appels et me pose des lapins pour progressivement m’oublier, sans qu’elle ne m’explique jamais la raison de son départ. Bon, les définitions du ghosting diffèrent selon les personnes et les situations mais tu as compris le principe. Personnellement, je souffre davantage d’une personne qui me ghoste que d’une personne qui m’explique qu’elle ne veut plus me voir, une bonne fois pour toute. Je préfère savoir et passer à autre chose, qu’attendre des jours des semaines ou des mois des nouvelles de quelqu’un qui n’en donnera jamais. A l’été 2019, j’ai été dépendante d’un mec que j’appelle D et qui répondait à mes textos tous les 5 jours en moyenne. J’ai cru que j’allais crever tellement je souffrais de ce ghosting. Bon, c’était pas vraiment un ghosting mais je l’ai vécu comme ça. Je me posais 10.000 questions, je me sentais angoissée trahie et en colère. J’allais vérifier la boîte aux lettres toutes les heures car le mec m’avait promis de m’envoyer une lettre par la poste. Au bout de quelques semaines, j’étais tellement dépitée que j’ai décidé de passer à autre chose. Et c’est là que j’ai enfin reçu sa lettre. Trop tard. Son comportement distant avait eu raison de mon prétendu “amour”. Je me souviens qu’une amie m’avait envoyé un message énervé contre ce mec qui mettait dix ans à répondre à mes textos. J’ai tellement ri en le lisant. Le voici : “Il est juste relou. Et on l’emmerde ! Comme si écrire un SMS pouvait le tuer !! Ils me saoulent tous à faire leurs divas ! Taper quelques lignes sur un portable, c’est pas le bout du monde et ils en font toute une affaire !!” Je relis ce message à chaque fois que les mecs me saoulent = tous les jours. Bref, les hommes ne prennent pas le temps de nous répondre. Nous, les meufs hétéros (bon je suis pas hétéro mais je simplifie), on attend de leurs nouvelles en souffrant. Il faut en sortir.

Mais je ne t’ai toujours pas raconté mon histoire avec Thomas. C’est un exemple parfait de mon propos féministe.

26 novembre 2018

Je passe quelques jours chez ma grand-mère maternelle. J’arrĂŞte les antidĂ©presseurs. J’ovule. Je me rĂ©veille avec une libido jamais ressentie depuis six mois. Je rĂ©flĂ©chis comment sĂ©duire tout de suite, maintenant. Je pense aux applications mobiles de rencontre. Tinder me lasse. Ma meilleure amie Tara utilise Okcupid. Je tente ma chance. J’ajoute Ă  mon profil des photos amusantes et excitantes. J’Ă©cris une description amusante et excitante. Je plais Ă  plusieurs hommes. Je les approche avec mon accroche habituelle : « Coucou, comment tu vas ? » Je suis Ă  Verdun, je les prĂ©viens que je rentre Ă  Paris dans quelques jours. Je rencontre virtuellement Thomas, nous discutons beaucoup. Ses photos sont prĂ©tentieuses, j’apprĂ©cie son style. Il porte des tatouages, il fume, il est rasĂ©, il a une casquette, il a des grosses lèvres. Il n’a rien Ă©crit dans sa description.

27 novembre 2018

Je fonds. Thomas me plaît beaucoup. Il me drague, moi aussi. Je fantasme. Je me masturbe avec lui en tête. Je jouis.

28 novembre 2018

Mamie m’emmène au bal des seniors. Je danse beaucoup. J’ai mal au ventre. L’arrĂŞt des antidĂ©presseurs sans doute. Je confie Ă  Thomas, par message, que je me masturbe en pensant Ă  lui. Il est excitĂ©. Nous parlons de sexe. Il veut me voir le soir de mon retour Ă  Paris. « Je ne suis pas libre, j’ai un autre rendez-vous », je lui Ă©cris.

29 novembre 2018

Je quitte Verdun. L’homme que je dois rencontrer annule notre rendez-vous. Thomas en est heureux. Il propose de m’attendre Ă  22 heures devant le centre d’animation oĂą j’ai cours de théâtre. Je suis excitĂ©e. Je me sens heureuse de rentrer Ă  Paris, une fois n’est pas coutume. Mais je pleure dans le bus car je quitte ma grand-mère pour plusieurs mois. Je me sens anxieuse, pendant mon cours de théâtre. Je crains la dĂ©ception. Je place d’immenses espoirs en lui. Un camarade de jeu tente de me rassurer : « C’est peut-ĂŞtre l’amour de ta vie ! » Je sors la dernière du centre d’animation. Je me sens mal. J’aperçois Thomas, sur le trottoir opposĂ©. Je suis déçue, tout de suite. Il me semble petit, recroquevillĂ©. Il n’est ni petit, ni recroquevillĂ©. Il m’attend. Je prends un paquet d’amandes des mains de mon partenaire de jeu et je me dirige vers Thomas. Je lui fais la bise. Je suis très déçue. Il est laid, sans casquette. Il arbore la coupe du joueur de football Olivier Giroud : rasĂ© sur les cĂ´tĂ©s, mèche au milieu du crâne. Il devine mes pensĂ©es. « Est-ce que je ressemble aux photos ? », il m’interroge. « Non », je rĂ©ponds. « Tu ne ressembles pas non plus aux photos », il rĂ©plique. Je lui offre des amandes, mal Ă  l’aise. Je le dirige vers le bar situĂ© en face de mon appartement. Nous nous installons. Il prend une pinte de bière pour lui, une pour moi. Je le regarde attentivement et dĂ©couvre un charme irrĂ©sistible. Il prend un regard sĂ©ducteur et malicieux. Il n’est pas beau. Il m’excite. Il semble dĂ©tendu et content. Il boit, rit, pose des questions, Ă©coute Ă  moitiĂ© les rĂ©ponses. Je virevolte, propose des amandes Ă  tout le bar, reprends des bières, ris Ă  gorge dĂ©ployĂ©e, me dĂ©shabille, lui prends les mains et dĂ©jĂ , l’embrasse. Il est anxieux du public autour de nous. Je souffle : « J’habite en face, on va bien faire l’amour. » Je lui explique mon projet de tour du globe en cargo, je lui raconte mes cours de théâtre. Il souhaite quitter le bar, monter chez moi. J’insiste pour partager l’addition. Nous rentrons dans mon immeuble. Il fume sur mon balcon. Nous nous embrassons, nous dĂ©shabillons, faisons l’amour. Je ne me rappelle plus, je suis fatiguĂ©e et ivre. Il met son sexe dans mon vagin, avec puis sans prĂ©servatif. Il me sodomise, Ă  ma demande. Je le suce longtemps. Il me lèche, trois minutes. Il jouit quatre fois, moi deux : je me masturbe pendant qu’il me pĂ©nètre. Il porte un peu de gras sur le ventre, des bonnes fesses. Il perd ses pectoraux depuis une opĂ©ration du coeur, l’Ă©tĂ© dernier. Il a arrĂŞtĂ© le sport, fume un paquet par jour. Ses biceps me font plaisir. Il s’endort après le sexe, vers 4 heures du matin. Je n’entends pas sa respiration. Il reste sur le ventre, loin de mon corps, ne me touche pas de la nuit. Je me sens toujours anxieuse. Un inconnu dort dans mon lit, je n’ai pas fait l’amour depuis cinq mois. Je ne ferme pas l’œil.

30 novembre 2018

Le rĂ©veil sonne Ă  8 heures. J’ai rendez-vous au Palais de Justice sur l’Ă®le de la CitĂ© pour une formation professionnelle. Je propose Ă  Thomas une douche Ă  deux avant de partir mais l’eau chaude est froide. Il veut s’Ă©clipser. Nous quittons l’immeuble, il prend la direction opposĂ©e. J’arrive au Palais de Justice en retard. La formation est annulĂ©e. Je reçois un message de Thomas sur Okcupid : « Quelle nuit… » Il est 9 heures du matin. Je lui demande son numĂ©ro de tĂ©lĂ©phone. Je l’ajoute sur Facebook et Instagram. Je suis amoureuse. Je lui dis « Je t’aime », il rĂ©pond – gĂŞnĂ© – « Moi aussi ». « Cela n’engage Ă  rien », je justifie. J’exprime ce que je ressens au moment prĂ©sent. Ma journĂ©e est vide. Je rĂŞve de le retrouver. Il travaille dans une boutique de sacs Ă  dos, Ă  Paris. Nous prĂ©voyons de nous revoir dans quelques jours. Je prends le train pour Versailles. Je rentre chez un coiffeur pour hommes et demande une tonte Ă  sept millimètres. Je me sens belle, je le dis Ă  Thomas. Je rentre chez mes parents, coincĂ©.e.s dans un village de banlieue. Je raconte Ă  ma famille que je suis amoureuse. Je me couche pour rattraper le sommeil. Je pends une douche, lui envoie des photos nues. Nous nous excitons mutuellement par message. Nous nous masturbons chacun de notre cĂ´tĂ© en pensant Ă  l’autre. Je prĂ©pare ma candidature au concours du jeune reporter d’un magazine de reportages, avec pour thème mon tour du globe en cargo. J’oublie mon tĂ©lĂ©phone portable pendant deux heures. Je dĂ©couvre la musique Ă©lectronique du groupe de Thomas sur Youtube. J’Ă©coute en boucle l’un de leur titre.

1er décembre 2018

Je fais la tournĂ©e des mĂ©decins : dentiste et ophtalmologiste. Je visite la maison-atelier de l’artiste franco-japonais Foujita Ă  Villiers-le-Bâcle avec mes parents. Je passe la soirĂ©e devant l’Ă©mission de tĂ©lĂ©-rĂ©alitĂ© Danse avec les stars avec ma sĹ“ur. Je visite Okcupid pour la première fois depuis ma rencontre avec Thomas. J’engage la conversation avec un ami de Thomas que je repère sur l’application. Les deux passent la soirĂ©e ensemble, ils font la fĂŞte. Je rĂŞve de les rejoindre. Je dis Ă  son ami : « J’ai envie de te voir. » Il montre mon message Ă  Thomas, qui devient fou. Il est jaloux. Je me sens coupable. Je crains de le perdre. Il m’Ă©crit sur Facebook : « Va te faire foutre. Allez, salut. » Je tente les excuses. Je tĂ©lĂ©phone Ă  ma meilleure amie Tara. Je vis le dĂ©but des problèmes, par ma faute.

2 décembre 2018

Je passe la journĂ©e au centre commercial avec ma sĹ“ur. Nous prĂ©parons des paquets cadeaux devant un grand magasin aux bĂ©nĂ©fices d’une association caritative. Je me sens anxieuse. Thomas revient sur ses paroles, il accepte que nous passions la soirĂ©e ensemble. L’excitation monte. Les minutes me paraissent des heures. A 18 heures, je prends les transports en commun. Il me faut une heure et demie pour rejoindre le centre de Paris oĂą nous avons rendez-vous. Je l’attends dans le froid, en mini-jupe, Ă  la sortie du mĂ©tro Oberkampf. Il arrive, il est beau avec sa casquette et une veste qui appartient Ă  son ex-copine. Je l’embrasse sur les lèvres et lui prends la main. Nous marchons jusqu’au bureau de tabac pour acheter des cigarettes. A la supĂ©rette, nous choisissons un menu et une bouteille de vin rouge. Il paie. Nous rentrons chez lui. Il vit dans un studio minuscule de la rue Saint-Maur. C’est propre, sans charme. Je prĂ©pare les pâtes. Je le suce pour sentir son sperme dans ma bouche. Il me pĂ©nètre, nous nous tenons debout dans la cuisine. Nous mangeons, puis nous ouvrons son canapĂ©-lit pour faire l’amour. Je prends des photos avec son tĂ©lĂ©phone portable. Ses nĂ©ons diffusent une lumière verte. Je poste un clichĂ© sur Instagram. Thomas s’endort, il ronfle. Je dors mal, je me sens chez un Ă©tranger.

3 décembre 2018

Le rĂ©veil sonne, j’initie un rapport sexuel qu’il ne souhaite pas. Il se laisse faire, l’envie surgit, il me pĂ©nètre. Je prends une douche, seule. Je pars travailler, en mĂ©tro. Je pense Ă  lui. Je dĂ®ne avec Tara. J’appelle Thomas Ă  mon retour. Nous discutons pendant une heure. Il ne m’Ă©coute pas, il joue Ă  la console. Je demande toute son attention. Je lui dis : « Je suis amoureuse de toi », « Tu es mon âme sĹ“ur ». Il ne rĂ©pond pas « Je t’aime ». Je veux le voir. Il accepte. Qui se dĂ©place ? Je raccroche, je prends mon vĂ©lo, j’arrive chez lui Ă  minuit. Je le retrouve, il joue aux jeux vidĂ©o. Nous faisons l’amour sur son canapĂ©. Il prend son tĂ©lĂ©phone portable, me montre toutes ses photos. Il dĂ©plie le lit, s’endort. Je me colle Ă  son corps, et sombre dans le sommeil, rassurĂ©e par sa peau.

4 décembre 2018

Au rĂ©veil, je n’initie pas de rapport sexuel. Je prends une douche, le quitte pour rejoindre ma kinĂ©sithĂ©rapeute. Mon sexe brĂ»le.

5 décembre 2018

J’attrape une mycose vaginale. Je me soigne Ă  la maison. Je rĂ©flĂ©chis Ă  une soirĂ©e pour fĂŞter le dĂ©part de mon tour du globe en cargo. Je convie Thomas, heureux de l’invitation. 

6 décembre 2018

Thomas et moi convenons d’un nouveau rendez-vous, après mon cours de théâtre. A ma sortie du travail, je lui envoie un message pour confirmer. Il m’informe qu’il n’en a plus envie. Il se repose chez lui. Je m’effondre. Je me rappelle ce qu’un ami lui a lancĂ© quelque jours plus tĂ´t, Ă  mon propos : « Elle est vraiment folle celle-lĂ . Tu n’attires que les folles. » Thomas me pose un premier lapin et j’explose. « C’est quoi le problème ?, je l’interroge. J’ai fait quelque chose qu’il ne fallait pas ? « Non, non, il rĂ©pond. De toute façon, tu n’auras aucun mal Ă  trouver un autre mec Ă  la sortie de ton cours de théâtre. » Il est jaloux, je vrille. Je lui demande oĂą il se trouve : « Au travail. » « J’arrive, on va discuter », je rĂ©plique. « Tu es folle, ne viens pas. Je te demande de ne pas venir », il rĂ©pète Ă  plusieurs reprises. Je prends la ligne 5 du mĂ©tro, me dirige vers sa boutique de sacs Ă  dos hipsters. Mon cours de théâtre dĂ©bute, je n’y suis pas. Je justifie mon absence auprès de ma professeure : « Je ne me sens pas bien. » Passant devant le magasin oĂą travaille Thomas, je me cache le visage de honte. Je n’y entre pas. Je lui prĂ©sente mes excuses par message. Je demande conseil Ă  mon amie Alexandra. Elle me recommande de rejoindre le cours de théâtre. Je l’Ă©coute. Je m’isole dans une pièce du centre d’animation pour rĂ©pĂ©ter mon texte de comĂ©dienne. Je meurs de honte, me confonds en excuses auprès de Thomas. 

7 décembre 2018

Thomas ne répond plus à mes messages. Je dîne au restaurant avec une amie, à qui je raconte mes délires amoureux. Je danse trois heures en boîte de nuit, seule et sans alcool.

8 décembre 2018

Je participe Ă  la marche pour le climat de Paris. Je prends des photos de la manifestation. Je passe la soirĂ©e avec Tara dans l’appartement de son copain, Ă  Clichy-la-Garenne. Il est absent. Elle me prĂ©pare son meilleur risotto. Nous discutons pendant qu’elle fait du tricot. Je reçois un message de Thomas : « J’avoue, j’ai fait le mort un peu. » « Et ? », je rĂ©ponds. « Je ne sais pas, j’ai trop pensé », il Ă©lude. Je ris : Thomas m’affirme que tout lui est Ă©gal, puisqu’il pense trop.

9 décembre 2018

J’accompagne Tara Ă  son cours de yoga. J’Ă©change avec Thomas par message, Ă  l’affĂ»t de sa moindre rĂ©ponse. Nous convenons de nous retrouver dans un bar, mardi soir.

11 décembre 2018

Thomas ne rĂ©pond plus Ă  mes messages. Je lui demande une confirmation pour notre rendez-vous. Il me pose un second lapin : « J’ai autre chose de prĂ©vu. » Je rĂ©plique : « Ok. » C’est fini. Je supprime notre amitiĂ© Facebook et Instagram. Je pense me dĂ©barrasser de la dĂ©pendance. Je me sens triste et soulagĂ©e. J’oublie une brosse Ă  dents et une crème hydratante dans sa salle de bain. J’ai honte d’un poème Ă©namourĂ© publiĂ© sur mon blog Paulasonic.wordpress.com le 1er dĂ©cembre 2018. Il s’appelle “Je suis exhibitionniste”. Lol.

18 décembre 2018

Thomas me surprend encore. Sur Okcupid, il engage la conversation comme au premier jour : « Pas mal tes photos. Ca va ? » Je fonds. Le chagrin d’amour me broie. Il relance la machine : « Tu m’en veux ? » « Non », je mens. « Tu as toujours ta brosse Ă  dents chez moi », il susurre.

19 décembre 2018

J’apprends mon texte de théâtre avant de dormir. Je rallume mon tĂ©lĂ©phone portable, Ă©teint Ă  22 heures, pour enregistrer ma voix. Thomas m’envoie plusieurs messages. Nous nous excitons mutuellement. Je l’invite Ă  venir me retrouver pour faire l’amour. Il arrive en mĂ©tro, il est minuit trente. Il m’Ă©crit : « En vrai, je t’ai kiffĂ©e mais le fait que tu dragues mon pote et que tu partes quatre mois en cargo, ça m’a grave refroidi » et « Je cherche une fille avec qui me poser ». Pas moi. Il entre dans mon appartement, me lance : « Je crois que je m’en fous de tout. J’ai couchĂ© avec une fille l’autre soir et le lendemain elle m’a envoyĂ© un texto, je n’ai pas rĂ©pondu. » Thomas aime ghoster. Nous faisons l’amour très vite, il me pĂ©nètre vaginalement. Je n’en retire pas satisfaction. Je ne suis plus seule. Il embrasse bien. Moins il m’Ă©crit, plus il me déçoit, plus il a d’emprise sur moi. Thomas s’endort, je ferme Ă  peine l’œil. A cĂ´tĂ© de moi, il paraĂ®t mort. Je lui caresse les pieds avec mes orteils, je crois qu’il aime.

20 décembre 2018

Thomas quitte mon studio, je fais la danse du ventre. Je me sens heureuse, soulagĂ©e. Il me glisse : « C’est trop bien de faire l’amour avec toi, quand mĂŞme. » Je crois qu’il est Ă  mes pieds, il va m’envoyer un message. Je lui annonce que je tiens Ă  rĂ©cupĂ©rer ma brosse Ă  dents avant mon dĂ©part. Je me rends chez la kinĂ©sithĂ©rapeute, puis Ă  mon cours de théâtre, pour la dernière fois. Ma vessie me fait souffrir. Les allers-retours aux toilettes sont pressants : j’attrape une cystite. Je rassemble mes plantes mĂ©dicinales, dĂ©cide de guĂ©rir sans antibiotique. Je dors bien. Thomas ne m’envoie plus de message. Il ne rĂ©pond pas aux miens. Je quitte Paris sans aucune nouvelle. Ma vessie souffre toujours. 

Au 1er janvier 2019, je dĂ©cide que Thomas est un connard. Je n’aime pas son prĂ©nom. Je n’aime pas sa tĂŞte. Je n’aime pas son torse. Je n’aime pas ses cheveux. J’aime sa bouche, sa langue, son regard, des tatouages, ses gestes et ses bras. J’aime sa casquette et son style. Je n’aime pas son sexe. J’attrape une mycose, puis une cystite en sa compagnie. Nous n’utilisons pas de prĂ©servatif Ă  chaque rapport sexuel. Il me lèche une seule fois, ce que je n’appelle pas un cunnilingus, puisque je ne jouis pas. Je le suce un grand nombre de fois. Je le fais jouir Ă  plusieurs reprises. Les rares occasions oĂą je jouis pendant qu’il me pĂ©nètre vaginalement, je le dois Ă  mes doigts qui masturbent mon clitoris en mĂŞme temps. Il ne se soucie pas de ma vestibulodynie, pathologie vulvaire dont je souffre depuis un an et demi. Il me pose deux lapins de suite, sans explication ni excuse. Il me rappelle deux semaines plus tard, pour utiliser mon corps Ă  nouveau. Il obtient ce qu’il cherche, et il disparaĂ®t. Il ne parle que de lui. Il me montre des centaines de photos le concernant mais ne s’intĂ©resse jamais Ă  moi. Il joue Ă  la console lorsque je lui rends visite ou lui parle au tĂ©lĂ©phone. J’attends qu’il se tourne vers moi. J’attends toujours. Le seule fois oĂą je mange chez lui, c’est moi qui cuisine. Il se dit fĂ©ministe mais mes poils le dĂ©rangent. Il me demande d’Ă©piler mes aisselles. Quand nous nous voyons, il refuse de se dĂ©placer. C’est moi qui prends mon vĂ©lo pour aller chez lui. Thomas est paresseux, Ă©goĂŻste, sĂ»r de lui et ennuyeux. Il n’arrive pas Ă  se concentrer, reste scotchĂ© Ă  son tĂ©lĂ©phone portable, mĂŞme lorsque nous faisons l’amour. Il me traite comme un objet. Je me persuade peu Ă  peu que je suis un objet : « Je ne mĂ©rite pas mieux. » Je tombe amoureuse de lui, je lui fais de grandes dĂ©clarations, je lui saute dessus, je le harcèle. Je me culpabilise pour tout cela. Je ne lui en veux jamais. Je vaux mieux que Thomas. Je mĂ©rite le respect. Je n’ai besoin ni de lui, ni des autres. Je me suffis Ă  moi-mĂŞme. Je ne le contacte plus, je ne lui rĂ©ponds plus. Te raconter mon histoire avec Thomas, aujourd’hui, referme dĂ©jĂ  une plaie. 

Après Thomas, je suis partie au Havre pour embarquer sur un cargo qui m’a fait voyager pendant quatre mois autour du globe (je parlerai de ce voyage dans un prochain épisode), de janvier à mai 2019. Je lui ai envoyé un message d’adieu auquel il n’a jamais répondu. 

A mon retour en France en mai 2019, j’ai reçu un message de Thomas sur Instagram, contenant quatre mots : “Alors, tu as kiffĂ© ?” Il parlait sans doute de mon voyage en cargo. Pas de notre relation. Je ne lui ai jamais rĂ©pondu. Il m’a fallu attendre juin 2019 pour commencer Ă  l’oublier, vraiment. J’ai mis six mois Ă  me remettre de Thomas. J’écris toujours sur lui, aujourd’hui. Quelle leçon en tirer ? Simplement que je dois sortir de la dĂ©pendance affective. Mais comment ? Après Thomas, je suis retombĂ©e deux fois dedans. Je t’ai dĂ©jĂ  racontĂ© mon histoire avec D, Ă  l’étĂ© 2019. Tu sais, le mec qui devait m’envoyer une lettre. Et puis en dĂ©cembre 2019, il y a quelques semaines, je me suis attachĂ©e en quelques jours Ă  un mec que j’appelle E, rencontrĂ© aussi sur une appli de rencontre. Comme avec Thomas, je me suis emballĂ©e par texto et ensuite on s’est vu.e.s, on a couchĂ© ensemble et il m’a ghostĂ©e. Le plus drĂ´le dans mon histoire avec E., c’est qu’il m’avait promis de “ne jamais me ghoster”. Mdr. Je lui ai demandĂ© s’il voulait me revoir, après plusieurs jours sans nouvelle de sa part. Il a rĂ©pondu “oui” puis m’a expliquĂ© qu’il faudrait nous contenter d’une relation “platonique” car il ne voulait aucun sentiment. A ce moment, je lui demande si le sexe platonique existe ? Car j’ai envie de rebaiser avec lui. Mauvaise nouvelle : le sexe platonique, n’existe pas, selon Monsieur E. J’en dĂ©duis donc que notre relation s’achève lĂ . 

Pourquoi suis-je la seule à m’attacher et à souffrir dans cette relation ? Je prends l’exemple de Thomas, de A, de B, de C, de D ou de E. Peu importe. C’est toujours le même schéma. Si tu veux avoir une idée du séisme de mes émotions en période de dépendance affective, tu peux aller lire mon blog Paulasonic.wordpress.com sur lequel je publie mes textes au sujet de ces mâles en question. Ou plutôt au sujet des émotions qu’ils déclenchent dans mon corps et mon esprit. La dépendance affective fonctionne comme une drogue. Recevoir de l’attention d’un mec produit de la dopamine dans mon corps. Je me sens euphorique. Je recherche cette drogue à tout prix. Quand j’en manque, je sombre dans un trou. J’alterne période de bonheur et de désespoir. 

Je pense que les meufs hétéros sont davantage touchées par la dépendance affective que les mecs hétéros. Je te conseille, si tu ne les as pas encore lues, d’acheter ou d’emprunter toutes les bandes dessinées de la féministe Liv Strömquist. Je t’invite à commencer par sa BD Les Sentiments du Prince Charles parue en 2012 en France, et d’enchaîner avec sa BD La rose la plus rouge s’épanouit parue en 2019 en France. Elle explique mieux que moi l’influence du sexisme et du patriarcat sur nos relations sexuelles et amoureuses. Ce que j’ai retenu : les mecs de 2020 vivent leurs relations dans un détachement émotionnel partiel ou total. Ils n’expriment peu d’émotions et d’amour pour se protéger et garder le contrôle dans leurs relations. Encore une histoire de pouvoir. Ils ont la phobie de l’engagement. Ils retirent du célibat et d’une sexualité hyperactive un peu de virilité et de domination. Au contraire, les meufs hétéros ressentent des émotions et de l’attachement émotionnel, comme moi. Elles ne peuvent malheureusement pas l’exprimer, sinon le mec fuit. Comme Thomas. Les meufs sont donc contraintes de jouer la distance elles aussi. Elles font semblant de se détacher émotionnellement pour imiter les mecs et paraître “cool”. C’est la bonne vieille technique que mes potes me rabâchent : “Si tu le fuis, il va te suivre. Inversement, si tu le suis, il va te fuir.” Je n’ai jamais réussi à la mettre en place, car comme tu le sais, je n’ai aucun filtre.

Récemment, je me suis rendue compte que je ne m’attache qu’à des mecs émotionnellement inaccessibles, comme les appelle Liv Stromquist. Car tous les mecs ne le sont pas, attention. Selon l’autrice suédoise, il se peut que je sois attirée par des mecs impossibles car je sais notre relation vouée à l’échec. Tu sais, je déteste et j’ai peur les hommes. Pour éviter de me mettre en couple avec eux, je ne fais du sexe qu’avec des hommes qui me repousseront tôt ou tard. Ainsi, je continue dans mon cercle vicieux “Tous les mecs sont des connards”. Je demeure dans mes certitudes.

Du cĂ´tĂ© amĂ©ricain, l’autrice Blythe Roberson a Ă©crit quant Ă  elle une bible pour les personnes comme moi, intitulĂ©e How to date men when you hate men. Je traduis ce titre par “Comment sortir avec des hommes quand on dĂ©teste les hommes”. J’ai commencĂ© son essai mais je suis incapable de la poursuivre pour l’instant, tant il m’angoisse. Je rĂ©alise que mes expĂ©riences ne sont pas personnelles, elles sont gĂ©nĂ©rales. Toutes les femmes hĂ©tĂ©ros les partagent. 1. Les hommes m’oppressent. 2. Les hommes m’obsèdent. 3. Le fait que les hommes m’obsèdent m’oppresse. Pourtant, le titre du livre de Blythe Roberson est porteur d’espoir. Je vais donc le reprendre. Tu dois absolument le lire, toi aussi (mais la version française n’est pas encore parue).

Pour te résumer ma pensée et mes découvertes : je déteste les hommes (cette haine à elle seule fera l’objet d’un prochain épisode) et j’ai peur des hommes. Les deux en même temps bien entendu. Ma psy m’a dit : “Vous avez la phobie de la bite.” Ah oui, parce que je souffre aussi d’une forme de vaginisme appelée vestibulodynie qui s’est développée après des relations sexuelles douloureuses à répétition. Aujourd’hui, j’ai mal à la vulve H24 et je tente de guérir ma vestibulodynie sans recevoir grand soutien des principaux responsables : les mecs. Ma vestibulodynie fera aussi l’objet d’un prochain épisode. Tu vas donc me dire : mais pourquoi continues-tu à baiser des mecs s’ils te font mal ? Pourquoi continues-tu à tomber amoureuse de mecs qui te traitent comme une merde, Marie ? Très bonne question (à laquelle j’ai déjà un peu répondu). Mais bon je rappelle que je suis pansexuelle et que je n’ai pas besoin des mecs pour faire du sexe ou tomber amoureuse, en théorie. J’hésite depuis plusieurs mois à quitter Paris pour me retirer dans une communauté anarchiste lesbienne à la campagne. Je ne rigole pas. Ainsi, je ne côtoierai plus jamais de mâle cisgenre et hétérosexuel de ma vie. Je pense d’ailleur au festival queer et féministe Des Sexes et des femmes organisé à Paris en septembre 2019, avec pour thème “Sortir de l’hétérosexualité”. Ce festival a fait le buzz, alors que sa proposition était très simple. Très logique. Bon, je n’ai pas participé à ce festival (j’étais en voyage) et c’est sans doute la raison pour laquelle je n’ai pas encore déménagé dans une communauté lesbienne. J’essaie une autre technique pour sortir de la dépendance affective : je multiplie les exercices pratiques avec les mâles cisgenres et hétérosexuels en questions. Je me dis : si j’arrive à maintenir sur le temps long des relations simples et sereines avec eux, alors j’aurai gagné. Je vis peut-être dans une utopie mais j’essaie. Ces personnes constituent la moitié de l’humanité et je ne pourrai pas les éviter toute ma vie. Ni m’empêcher de les baiser. Je t’ai déjà dit que le sexe est mon plus grand plaisir terrestre ? 

Alors, je passe Ă  l’exercice pratique. Comment faire pour sortir de la dĂ©pendance affective et nouer des relations simples et sereines avec mon partenaire ? Ou ma partenaire ? Car la dĂ©pendance affective peut aussi intervenir dans les relations homosexuelles. 

Règle N°1 : Prendre au quotidien des initiatives sans demande de conseil ni de validation. De personne. Bon ça, je le fais tous les jours. Et toi ?

Règle N°2 : Lister tout ce que j’ai accompli dans ma vie (sans nĂ©gliger les petites choses) sans l’aide de personne. J’ai Ă©crit un roman. J’ai crĂ©Ă© six blogs. J’ai fait le tour du globe en cargo. J’ai marchĂ© de Paris Ă  Compostelle Ă  pied. J’ai crĂ©Ă© le podcast Marie Sans Filtre. J’ai fait un tour de France des lieux de la Seconde guerre mondiale, en vĂ©lo et en train. J’ai Ă©crit plusieurs articles publiĂ©s dans la presse française. Et bien d’autres choses que j’oublie. et toi ?

Règle N°3 : Me réserver des journées personnelles pendant lesquelles je ne me consacre qu’à ce que j’aime vraiment faire, sans l’aide de personne. C’est le self-care (prendre soin de soi, en anglais). Je prends un bain ou je pars nager à la piscine, je fais une séance de yoga et une autre de méditation. Je lis un roman ou je regarde un série. Je cuisine un bon plat pour moi. J’écoute un podcast en marchant dans Paris. Et toi ?

Règle N°4 : Ne pas donner des marques d’affection dans le but d’en recevoir  mais attendre de ressentir les choses pour les exprimer. J’inclus dans cette règle : ne pas harceler la personne dĂ©sirĂ©e. J’attends de la connaĂ®tre vraiment pour lui exprimer Ă©ventuellement l’amour que je ressens pour elle. J’applique davantage cette règle aujourd’hui. Je ne dis plus “Je t’aime” le premier soir. Je ne fais pas de plans sur la comète avec un mec que je viens de rencontrer. 

Règle N°5 : Éviter les « Tu m’aimes ? », « Tu penses Ă  quoi ? », « Tu Ă©tais  avec qui au tĂ©lĂ©phone ? », qui expriment davantage ma dĂ©pendance et ma fragilitĂ© que mon amour.

Règle N°6 : Prendre le temps de me féliciter et de savourer mes petites et  grandes victoires sur ma dépendance affective. Je tiens un journal de bord pour les noter.  Je mesure le travail accompli. Par exemple, alors que j’avais harcelé de texto Thomas en décembre 2018, je ne l’ai plus jamais fait depuis, avec personne. Cet été, j’ai attendu des nouvelles de D pour lui en envoyer. Pareil pour E en décembre 2019. Attention, j’ai le droit d’envoyer un message pour demander des nouvelles à un mec. Je veille juste à ne pas lui en envoyer 6 d’un coup ! Et j’attends sa réponse si je lui ai posé une question. En janvier 2020, j’ai remporté deux nouvelles victoires. Incroyable, je n’ai pas couché le premier soir avec mec que je viens de rencontrer que j’appelle F. C’est la première fois de ma vie que je ne couche pas le premier soir (bon, j’exagère). Personnellement, ça m’empêche de m’emballer. Si je prends mon temps dans une relation, je m’attache moins vite. Bon, j’ai quand même couché avec F au deuxième rendez-vous. Mais le lendemain de la baise, je ne me suis pas sentie au fond du trou. Je n’aspirais pas à le revoir dans les 5 minutes. Je n’interprète plus son absence de messages comme un rejet de ma personne. Je me laisse du temps pour apprendre à le connaître et m’attacher si j’en ai envie, s’il me plaît vraiment.

Règle N°7 : Distinguer la dépendance affective de l’amour. Lorsque je suis dépendante affective, je ne m’intéresse pas à la personne à qui je suis attachée. Je me moque de sa personnalité ou de notre entente. Tout ce que je désire, c’est qu’elle me valide. Qu’elle me dise que je suis belle, que je suis excitante, que je suis brillante et qu’elle m’aime pour toute la vie. J’ai été éduquée comme une bonne petite fille qui fait reposer mon accomplissement et mon bonheur sur l’amour inconditionnel d’un homme cisgenre et hétérosexuel. Au contraire de la dépendance affective, le vrai amour se construit sur le long terme. Il est désintéressé. Il est serein. J’aime une personne pour ce qu’elle est, non pour ce qu’elle m’apporte. Je lui souhaite d’être heureuse, sincèrement. Si elle est heureuse sans moi, alors je l’accepte et m’en réjouis. (Je sais, c’est utopiste).

Pour finir, je citerai ma psy Agnès Verroust qui a Ă©crit un texte sur la dĂ©pendance affective : « Le dĂ©pendant de l’amour est dupe d’une idĂ©ologie fortement liĂ©e Ă  la domination masculine. Cette domination masculine a compris que la coercition Ă©tait moins efficace pour rĂ©guler la sexualitĂ© (…) que d’installer dans les esprits les barrières qui les contraignent. Le tour de force le plus gĂ©nial de ce système a Ă©tĂ© de convaincre la plupart des individus, mais surtout les femmes (…) que la sexualitĂ© devait ĂŞtre sanctifiĂ©e par l’amour. (…) La passion amoureuse, qui Ă©tait considĂ©rĂ©e dans toutes les sociĂ©tĂ©s comme une sorte de maladie mentale, est dans la nĂ´tre un idĂ©al et un modèle relationnel. Or, s’il est fort agrĂ©able d’être amoureux.se, cet Ă©tat est trop fragile et incertain pour servir de base que ce soit Ă  un individu, Ă  une famille ou Ă  une sociĂ©tĂ©. (…) Les dĂ©pendants affectifs, au-delĂ  de leur histoire personnelle et familiale qui ne leur a pas permis d’acquĂ©rir suffisamment d’estime d’eux-mĂŞmes et de construire leur sentiment de sĂ©curitĂ©, sont les victimes d’une idĂ©ologie qui dit rarement son nom. » Je ne te parlerai pas de mon histoire personnelle et familiale qui explique mon insĂ©curitĂ© affective actuelle, dans cet Ă©pisode. D’autant que je ne pense pas que mes parents soient coupables. Je tiens toujours la sociĂ©tĂ© patriarcale pour responsable de ma dĂ©pendance affective.

Aujourd’hui, je fais la différence entre l’amour et la dépendance affective. Je ne dis plus “Je suis amoureuse de cette personne”, mais “Je suis dépendante affective de cette personne”, ou le cas échéant “J’aime cette personne”. Le titre de cet épisode est donc nul et non avenu. Mais tu m’as comprise. Si tu as une autre conception de l’amour à me soumettre, écris-moi, cela m’intéresse.

A mon sens, l’amour conjugal, avec un mec ou une meuf ou une personne non-binaire, peut surprendre ma vie à n’importe quel moment. Il ne définit pas mon bonheur ou ma sérénité. Je le considère comme un bonus mais plus une condition. Alors, je construis ma vie sans amour conjugal. Ma vie ne dépend de personne. Je me suffis à moi-même. Je suis assez. 

Merci pour ton écoute. Si tu as aimé cet épisode de mon podcast Marie Sans Filtre, je t’invite à faire ce qui compte vraiment : le partager autour de toi. Je t’engager à le poster sur tes réseaux sociaux Instagram, Twitter, Facebook, que sais-je encore. C’est ma seule chance pour que plus de personnes l’écoutent. Et changer la société. Merci de ton soutien. Je tiens à clore cet épisode par un rappel : me soucier de l’amour et de la dépendance affective est un privilège. Beaucoup de personnes ont d’autres priorités que leurs relations sexuelles et amoureuses. Payer ses factures, trouver un emploi, soigner son corps, prendre soin de sa famille, trouver un toit, etc. L’amour est un privilège. Je ne l’oublie pas. Bisous.

Marie Albert

16 janvier 2020

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