Paris-Compostelle : 3 ans de marche en 10 photos

(Trigger warning : cet article relate un féminicide)

Octobre 2019 – Je rentre à Paris, après 1800 kilomètres de marche (discontinue) à travers la France et l’Espagne. En 3 ans d’effort, j’ai relié ma ville à Saint-Jacques de Compostelle, haut lieu de pèlerinage chrétien. Je ne suis pas croyante. Cette année, j’ai dédié mes 700 derniers kilomètres aux femmes victimes de féminicides. Je publie ici les dix photos souvenirs de mon périple solitaire à pied.

  • Paris – Bayonne : juin 2016
6 juin 2016 : Premier tampon reçu à Saint-Loup, au sud de Chartres, quelques jours après mon départ à pied de Paris. Le carnet du pèlerin fait office de passeport sur le chemin de Compostelle.
16 juin 2016 : J’aperçois le parc du Futuroscope depuis le chemin (en tout petit à droite). Après Poitiers, je rejoins Saintes, Bordeaux et Bayonne.
  • Bayonne – Bilbao : avril 2018
10 avril 2018 : Je traverse la frontière franco-espagnole et découvre l’autre Pays basque. Je longe l’océan Atlantique tous les jours.
12 avril 2018 : Je rencontre Nadya, une pèlerine russe, avec qui j’échange photos et pique-nique. Nous parlons un mélange d’anglais-espagnol-russe. Nous marchons sous la pluie.
  • Bilbao – Compostelle : septembre – octobre 2019
9 septembre 2019 : Je randonne sur la plage. Je grimpe sur la montagne. Je danse sur l’eau. Je ne souffre plus, je me sens forte et puissante.
14 septembre 2019 : Je découvre la touristique bourgade de Santillana del Mar. C’est jour de mariage, je plains la mariée. Je pense au 94ème féminicide de l’année 2019. Euphémie, 49 ans, tuée par son mari Jacques, 81 ans, d’une balle de fusil de chasse dans la tête.
28 septembre 2019 : Je traverse le brouillard puis la forêt, par 8℃. Je cueille un grand champignon et ramasse des noisettes. J’évite le pèlerin hollandais Maarten car il me mansplaine. Les derniers kilomètres de goudron me terrassent. Mon genou droit gonfle.
29 septembre 2019 : Je parcours 27 kilomètres en 8 heures. À midi, j’atteins 1200 mètres d’altitude, sous la pluie et le vent glacial. Je cours, je chante, je glisse sur les cailloux. Je suis heureuse d’avancer dans la tempête, car aujourd’hui aucune femme n’est morte tuée par son (ex)conjoint.
30 septembre 2019 : Je randonne avec les pieds mouillés car mes chaussures refusent de sécher. De 900 mètres d’altitude, je passe à 200 mètres. Mes genoux souffrent dans la descente. Je découvre le barrage de Grandas de Salime, et son lac immense.
12 octobre 2019 : J’arrive à Saint-Jacques de Compostelle après 10 petits kilomètres. Je pénètre dans la vieille ville et m’émerveille devant la cathédrale. Je retrouve mes ami.e.s et assiste à la messe des pèlerin.e.s. Je pense aux femmes victimes de féminicides et aux 1800 kilomètres derrière moi. Je me sens vide et épuisée.

Marie Albert

25 octobre 2019

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